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Comment la génération Y va-t-elle changer le monde ?

Peut-être François Hollande en 2012 voulait-il particulièrement séduire les électeurs de moins de 30 ans en choisissant comme slogan la formule dorénavant célèbre «  Le changement c’est maintenant ». Et il ne s’y est pas trompé puisqu’au second tour, une timide majorité (57%) des électeurs entre 18 et 24 ans l’ont préféré au président sortant, Nicolas Sarkozy*.

Il faut dire que la génération Y y croit dur comme fer, au changement, elle qui porte en son sein toute une colonie d’entrepreneurs et dont on dit déjà qu’elle révolutionne le marché du travail et les stratégies d’entreprise. Elle, dont on répète qu’elle est « désabusée », prouve chaque jour, au contraire, qu’elle n’a aucune intention de suivre désespérément le modèle de ses aînés. Elle, qu’on appelle trop souvent la génération « sacrifiée », refuse de se poser en martyr de l’humanité et préfère se rêver génération d’un renouveau meilleur.

Pour atteindre son idéal, elle se permet de tout remettre en doute, jusqu’à un fondamental de la démocratie moderne : le vote. En 2012, plus d’un quart des électeurs de moins de 30 ans se sont abstenus au premier tour. Pourtant, la moitié d’entre eux considèrent que la politique est un domaine important de la vie et ils sont quasiment aussi nombreux que leurs aînés à se déclarer intéressés par le sujet (41% contre 43%**). Mais les jeunes électeurs sont dubitatifs quant au pouvoir de l’urne et seuls 53% d’entre eux estiment que le vote est le moyen le plus efficace pour influencer les décisions politiques. ***

La génération Y n’est pas je-m’en-fous-tiste, elle est révolutionnaire jusque dans ses moyens d’expression. Pour elle, le vote fait partie d’une large palette d’outils démocratiques variés, grassement enrichie par le développement des réseaux sociaux. Il n’est pas une obligation mais uniquement un acte pleinement considéré d’approbation totale pour le candidat élu et/ou de désapprobation non moins totale pour le candidat concurrent. La génération Y ne vote pas par défaut. Pourquoi le ferait-elle alors qu’elle peut composer son propre programme idéal en distribuant des likes au fil des publications ? Mieux encore, pourquoi élire un représentant quand on peut soi-même étaler ses idéaux aux yeux de tous et collecter les likes et les followers comme autant d’électeurs ?

Mais la génération Y n’est pas anarchiste. Et si elle a la critique facile, elle garde pour autant conscience de l’utilité d’une autorité gouvernementale. Ce qu’elle aimerait par dessus tout, c’est lui faire entendre (et appliquer) ses idées. « Une part de plus en plus importante de la jeunesse privilégie des modes d’action non conventionnels et directs, souvent protestataires, et légitime la démocratie participative. Ce n’est pas une majorité mais c’est une évolution qui, à terme, […] dans le cours de la transmission des attitudes comme des comportements politiques adressée aux générations de demain, peut dessiner les contours d’un tout autre paysage démocratique » disait la sociologue Anne Muxel en 2010… Et en 2016 naissait le mouvement Nuit Debout.

Sur les réseaux sociaux ou dans la rue, il y en tout cas fort à parier que ce n’est pas dans les urnes que la génération Y fera entendre sa voix. Elle ne veut plus participer silencieusement et laisser la parole à des représentants. Elle préfère interpeler directement ses dirigeants, sur internet ou directement sous leurs fenêtres. Elle pousse la démocratie à son paroxysme et retire la parole à la majorité pour la donner à chacun. Oui, la génération Y est individualiste et peut être un peu utopiste mais elle donne un nouveau sens au premier article de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits »… Du moins en ce qui concerne le droit à la liberté d’expression.

Elise, dubitative en herbe

*Enquête Ipsos / Logica Business Consulting pour France Télévisions, Radio France, « Le Monde » et « Le Point », réalisée par Internet du 3 au 5 mai 2012.
** Enquête de participation électorale 2012, INSEE
*** Muxel Anne, « L’engagement politique dans la chaîne des générations », Revue Projet 3/2010 (n° 316) , p. 60-68