Qu'on leur coupe les doigts

Qu’on leur coupe les doigts !

Une quinzaine d’heures : c’est ce qu’il a fallu à Florian Philippot pour gazouiller les hostilités le 15 juillet dernier. Exit le recueillement post-attentat qui était encore un dû l’année précédente : dès le lendemain macabre du 14 juillet niçois, les tweets politiques se sont mis à pleuvoir. Ils suintaient l’indécence en jetant aux oubliettes le deuil national. En 2016, les coqs politiques n’ont cessé de faire les beaux du haut de leur perchoir social, et leurs pépiements retentissants les ont propulsés en haut de la chaîne médiatique : bam-choc-buzz, et puis s’en va. Et si l’on interdisait Twitter aux politiques en quête de célébrité ?

Quelques jours avant l’élection présidentielle américaine, Donald Trump a été privé de Twitter. Terminé les gazouillis provocants : à mesure que la campagne franchissait la ligne d’arrivée, son staff a opté pour une communication modérée à tout prix – un choix qui l’a mené tout droit à la Maison Blanche. Depuis son élection, le 45ème Président des États-Unis a repris les droits de son compte et tient une ligne bien moins tonitruante. Si Donald Trump, l’homme aux mille polémiques, parvient à adapter ses tweets à la fonction présidentielle, pourquoi est-ce mission impossible en France ?

Il faut dire que Twitter est le réseau social de référence en termes de news : son instantanéité rend viral ce(ux) qui mériterai(en)t d’être oublié(s). Morceau de choix : Christine Boutin annonce, le 21 septembre, le décès de Jacques Chirac. L’intox est de mauvais goût malgré sa « source sûre » ; elle persiste. Son tweet devient un brasier qui enflamme la France et la replace au centre de l’attention pendant un (court) temps. Une stratégie de communication digne de Nabilla qui retranscrit son propre procès sur Snapchat : « putaclic ». Le tweet est aux politiques ce que la téléréalité est aux quidams en quête d’un instant de popularité : plus le bât blesse, plus ça buzz.

Twitter, porte d’entrée au paradis pour les délaissés de la politique qui veulent se faire une place (éphémère et rarement tendre) au cœur de la scène médiatique ? Si le tweet politique ad-nauseam expose nos hommes publics à toute la visibilité recherchée, la popularité est inversement proportionnelle à la qualité de la communication : plus on en parle, pire c’est. Toute publicité est-elle bonne publicité ? Le tour de force de ces sexagénaires qui phagocytent la scène publique, c’est peut-être finalement d’avoir su maîtriser un réseau social jeune moderne. « Je tweete donc je suis », le nouveau slogan des seniors en quête de mandat ? Pas en politique.

Avec Twitter, les hommes politiques s’offrent un temps de scène éphémère, mais qui reste dans les annales, aussi court soit-il. Parce que l’une des particularités de cet outil de viralité réside en sa communauté : ultra partisane, toujours prête à débattre et souvent très partiale, elle capture autant de tweets que de Pokémons. Le résultat ? Des archives qui viennent faire tâche, des mois voire des années plus tard : Nicolas Sarkozy en a vu toute l’ampleur lors de sa campagne pour la Primaire des Républicains, dont les tweets ont très souvent été accolés à ceux publiés lors de ses campagnes précédentes.

Twitter est un micro permanent pendu au doigt de ses faisants, et les tweets, des répliques extraites de leur contexte qui trouvent une seconde vie dans la presse, le web, les journaux télévisés. Dire n’importe quoi pour s’acheter un temps d’antenne ? La technique a fait ses preuves. Et si l’on interdisait à nos politiques de tweeter ? La vraie question, c’est peut-être pourquoi l’on devrait en arriver là. Si leur ramage se rapporte à leurs gazouillages, ils sont le phénix de la télé-politique – mais pas plus. Ca promet pour 2017.

Souces :
Tempsreel.nouvelobs / Europe1 / Le Figaro / Lexpress

Lolita, twittos mal plumé